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PÊCHE : les cours s'effondrent et la tension monte

Écrit par Sylvie Niel.

Vendredi 23 avril 2021, les cours du poisson était très bas sous la criée du Guilvinec (Finistère).

Depuis plus d’un mois, les cours du poisson pêché au large baissent fortement au Guilvinec. Les marins alertent sur leurs difficultés qui ne dépendent pas que de la crise sanitaire.

Après quinze jours en mer, le AN TRISKELL, bateau de pêche hauturière de 24 m, est rentré au port du Guilvinec jeudi. Vendredi matin, sous la criée bigoudène, sa pêche est partie pour 41 000 €. Il aurait fallu 55 000 € pour que cette marée de deux semaines soit rentable. Pour le patron, Erwan GOUZIEN, « c’est catastrophique ». Cette situation n’a rien d’inédit ces dernières semaines. Les cours du poisson pêché au large s’effondrent et fluctuent énormément. La faute en partie au COVID-19 et à la fermeture des restaurants et des cantines, qui sont l’un des grands marchés pour les espèces nobles pêchées au large.

Marge de la grande distribution.

Mais la crise sanitaire n’est pas la seule responsable. Les producteurs pointent du doigt les grandes et moyennes surfaces (GMS) : « On brade notre poisson et eux le vendent très cher », s’agace Erwan GOUZIEN. « On n’a aucune visibilité depuis le début de l’année, c’est très difficile », confirme Lionel MORVEEN, patron du KERFLOUS, qui a vu sa pêche partir au prix moyen de 2,80 € le kilo mercredi 21 avril 2021.

Soazig PALMER LE GALL, directrice de l’armement bigouden et présidente des Pêcheurs de Bretagne, devait faire construire un bateau neuf dans l’année à venir mais la crise l’oblige à y surseoir. Elle plaide « pour un mécanisme d’ajustement des marges en cas de crise ». Une vision partagée par Olivier LE NEZET, président du comité régional des pêches, « il faut que les GMS prennent conscience de la crise, qu’elles favorisent nos produits. Nous ne sommes pas contre l’exportation, à condition que les producteurs locaux soient payés au juste prix ».

Il y a deux semaines, les marins du Guilvinec poussaient un cri d’alarme : le gazole augmente et les cours chutent. Ils ont été entendus. La semaine suivant, le préfet du Finistère menait une opération de contrôle d’étiquetage et de traçabilité. La Ministre de la Mer, Annick GIRARDIN, tenait une réunion avec l’ensemble de la filière mais les cours ne remontent pas.

Ce vendredi 23 avril 2021, c’est Loïg CHESNAIS-GIRARD, président de la Région Bretagne et candidat, qui était au chevet de la pêche bigoudène au Guilvinec. Aux aurores, il a assisté à la vente de la criée où la lotte est partie à 2,55 € le kilo. « Quinze jours de travail sanctionnés en une matinée », soupire Soazig PALMER LE GALL.

Pour Loïg CHESNAIS-GIRARD et bien d’autres,  il y a aussi le triptyque infernal du saumon, cabillaud et crevette. Ce sont les poissons les plus achetés et pourtant ce sont des produits exotiques, et je choisis le mot ». Pour lui, il faut valoriser le poisson pêché en Bretagne, « faire découvrir aux consommateurs les produits de nos côtes » pour que le marché reparte à la hausse. Loïg CHESNAIS-GIRARD a promis de faire remonter les attentes de la filière au Ministre de l’Économie, Bruno LE MAIRE.

Reste que les quais finistériens, « la tension est palpable. Si ça ne bouge pas, on ne sait pas où on va », met en garde Yannick CALVEZ, président du comité départemental des pêches. Erwan GOUZIEN, lui, devait reprendre la mer ce lundi 26 avril 2021 sur le AN TRISKELL, pour une petite marée, « s’il faut rentrer pour mener des actions, nous le ferons » prévient-il.

Pierre LABBÉ, président de la Fédération des poissonniers de Bretagne ajoute : « pour moi, la baisse des cours du poisson est également liée au non-respect des règles communautaires, par rapport à l’accès aux achats sous les criées finistériennes (blocage de la CCI 29)

  

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